Un vieil homme

De toute façon, il n'y avait rien à changer. C'était mieux ainsi. « Que le monde finisse ! » Il n'y avait rien de bien ici qui ne naisse ailleurs que du mal, à l'instar de son livre, né des souffrances d'un anonyme. Il aurait voulu être un héro, mais il fallait l'existence des méchants et des souffrants pour l'être ; sauver le monde : C'était impliquer qu'il saigne, ce monde. Non, lui, Finelli, ne désirait pas cela qui est mauvais. Est-ce que ces « héros », philosophes, écrivains, artistes, politiciens, et autres qui voulaient « sauver le monde », le « changer », se complaisaient dans l'océan de souffrance qui donnait un sens à leurs existences ? Certainement. Si ceux-là avaient vécu dans un monde utopique, ils auraient été des renégats ; ce même caractère d'agité qui les a fait si vertueux dans une société sombre où l'on peut alors briller les aurait fait renégats dans une société où l'ennui et l'immobilité sont la clef de la paix. S'il y a un Dieu en ce monde, et qu'il est bon, alors les souffrants n'ont pas âme ni conscience : ils sont une projection par l'oil d'un Dieu bienveillant qui veut donner sens à la vie d'un être aimé et désemparé par l'existence. Oui, c'était lui, Finelli, le véritable héro de ce monde. Il s'était sacrifié au cas où un Dieu bon, tel que le vieil homme pouvait seulement concevoir qu'il puisse être, n'ait pas existé. Car lui, Finelli, n'agit jamais. Il cessa de sangloter. Il ouvrit son livre et se cala profondément dans son fauteuil. C'était bon et doux.

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