Le ventre de Marie

Bon Dieu, un soubresaut de son épaule !, comme si elle repoussait la main qui ne l’avait pas encore touchée, comme si elle pouvait sentir cette main étendue dans le temps et posée sur elle.

Là, comme enfoncé dans le caveau de la morte, l’homme frissonnait qu’elle vive, ou du moins se meuve.

« Ma... Marie... Nous allons partir, tu dois venir...

— ...

— Je... vais te toucher, Marie. Je dois te porter si tu ne peux pas bouger... »

Il approcha lentement, comme pour laisser le temps à la femme de manifester sa désapprobation si elle le souhaitait. Il prendrait l’absence de réaction pour de l’assentiment.

Très délicatement, l’homme glissa un bras dans le creux des jambes de Marie, et l’autre derrière sa taille. Il fit basculer sa tête ballante contre son épaule, de sorte que le poids de celle-ci ne la blesse pas à la nuque pendant son transport. Il était heureux que Marie soit si légère, mais ce qui faisait sa légèreté faisait la faiblesse de l’homme, aussi, c’est avec difficulté qu’il parvint à la sortir de là, et il dut se contorsionner pour réussir à repasser l’étroit couloir avec un fardeau en plus dans les bras...

Les deux avant jambes nus et blancs de Marie, battant mollement au rythme des pas lourds de l’homme émergèrent en premier de l’ombre et à la vue des autres qui patientaient toujours devant le bus à l’arrêt : deux baguettes de batteur, et l’olive, ses petits pieds, tapants à l’unissons une cymbale...

Tching... Tching... Tching... Tching... . . . .

... Tching !

Et la robe salit de Marie capta enfin la lueur lunaire. Et la chemise poussiéreuse de l’homme capta enfin la lueur lunaire.

Les passagers attendaient silencieusement le retour des deux, sinon de l’homme, et c’est là où ces derniers virent chacun de ceux qui étaient leurs compagnons. Ils ne se dirent pas un mot, mais un échange de regards signifia clairement l’inquiétude qu’éprouvaient ceux qui avaient du attendre sous la pluie maintenant battante.

La doyenne croisa le regard de chacun des passagers, comme pour les sélectionner, puis fixa l’entrée du bus en semblant intimer un ordre mental que tous comprirent. Il ne resta que l’homme, dans ses bras : Marie. La vieille femme les fixa a leur tour un moment, un long moment. Un moment qui allait être interrompu, qui n’allait pas déboucher sur ce que peut-être tentait de faire la vieille femme, quoi que ce fut... Si le ciel put se déchirer, si le sol put s’affaisser, ces trois là au moins qui voyaient le paysage comme on ne le peut que de ce côté des vitres crasseuses du bus, ils jureraient que pour l’une des vingt cinq images par secondes que leurs yeux enregistrent, tout cela fut ; tout cela fut, un ciel de papier arraché par une force, et dans l’ouverture, émergeant de la plus noire des substances, un milliard d’yeux humains dont les inclinaisons variables laissent à penser d’abord qu’ils ne vont pas de paire. Et puis, ce qu’aucun des passagers ne saurait jamais nier, et qui fut peut-être la cause de cette vision instantanée que Marie, l’homme à la chemise et la doyenne avaient vu, si ce ne fut le fruit de quelque hasard synchrone, quelque délire commun, ce fut le produit qu’un timbre inconnu, caché entre deux autres du spectres aiguë, ayant le pouvoir, en s’infiltrant par l’oreille, d’imprimer une image sur le cerveau, cette note : Proche d’un cri strident, qu’aucune corde vocale humaine, y compris soutenue par divers accessoires ne saurait produire. Et cette note, elle s’étendit dans la nuit – perçante.

La doyenne ne dit rien, mais sa respiration accéléra au point qu’elle semblait haleter. Lorsque le cri cessa, l’homme, bien que visiblement terrorisé, était encore en possessions de quelques moyens, ne flancha pas, sembla avoir encore la force de transporter Marie sauve à l’intérieur Et tandis qu’il fit un pas vers les marches du bus, une étrange convulsion le secoua ; il jeta Marie en avant ce qui le fit lui-même tomber à la renverse tant il mit de force.

Il bat des pieds le sol, et puis tente d’exploiter ces jambes folles pour lui permettre de s’éloigner – de Marie semblait-il, car il la fixait de son regard de celui qui a vu le plus hideux des diables. Alors il regarde à sa droite, alors il regarde à sa gauche. Il lève ses paumes à hauteur de son visage, les rapproche l’une de l’autre de sorte qu’il puisse les voir en même temps. Ses doigts se crispent, ses bras tremblent. Ses lèvres tremblent et sa bouche s’ouvre grand et quand elle le fut autant que la chair tendue de son visage le lui permettait, il s’immobilisa tout complètement, et dans cette position, il hurla.

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