Le ventre de Marie

4.1.

« Tout le monde est là... ? »

— Onze, douze... » comptait un petit homme chauve sur le crâne duquel, polit par la pluie, miroitait la lune.

« Douze... se reprit ce dernier, et après un moment de réflexion, continua : Il manque quelqu’un... »

Prêts à retourner dans le bus, les uns et les autres se regardèrent, comme s’ils cherchaient à voir l’absent – Oh, quoi !, à comprendre l’erreur.

Un instant ils demeurèrent, espérant que le problème se résolve de lui-même.

Un autre instant ils s’épièrent, espérant que sur le visage de l’un se lise des velléités à prendre les choses en mains.

Et puis l’angoisse commença à poindre sur certains visages.

« Hum... » : C’était le petit homme chauve du groupe. « Nous devrions repartir. »

— Ah, non. intervint une femme à la peau comme du papyrus. Elle s’était éclipsée discrètement pendant que les uns et les autres s’observaient, elle était montée à l’intérieur du bus ; elle était celle que chacun attendait pour agir. Cette vieille femme n’était pas faible d’hier, et tout le poids d’une vie de maux sur ce corps centenaire était autant d’exercices pour son âme aujourd’hui forte.

« Je viens de vérifier, repris celle qui toisait les autres des marches de l’entrée du bus, au fond, où se trouve Marie, elle n’y est plus. Encore, elle doit être dans la station. »

— ...

— Qui est-ce ? demanda une voix faible de l’intérieur du groupe.

— Celle du fond, toujours recroquevillée, (une voix de vieillard, provenant de la foule).

— Va la chercher. » La vieille femme pointait un homme habillé d’une longue chemise de lin blanc.

Il resta un instant immobile, imbécile, avant de tourner docilement les talons et de se diriger vers la station. Sous la faible lueur lunaire, il disparut dans l’ombre à quelques pas seulement du groupe, et quelques autres seulement dans le bâtiment.

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