Le ventre de Marie

3.1. Extrait du journal D’Esseur, Entrée 48.

« Si je savais dessiner, je demanderais à Marie la permission de faire des croquis de ses mains. Quoi, il manquerait encore quelque chose de l’ordre de la vie pour en avoir l’image exacte. C’est que ses mains semblent fragiles et précieuses, au premier regard. Quoi que Marie, comme nous tous ici, soit fort maigre, ses mains, bien que fines, ne présentent pas l’aspect osseux de la plupart des notre, restent un minimum charnues, ni, pour une raisons obscure, les aspérités liées à l’âge.. Ces mains adolescentes, blanches, lisses, soignées, qu’on croirait n’être utilisées qu’avec parcimonie et délicatesse pour justifier qu’elles soient à ce point préservées, en réalité saisissent les objets gauchement, les percute plus qu’elles ne les attrapent. Ses ongles sont longs – mais je crois que cela est par négligence, non par coquetterie –, étirent ses doigts déjà longs.

Je voudrais bien savoir, quel apparent paradoxe, fait que cette femme ne se coupe point les ongles, quand elle ne peut que réaliser sa maladresse et sa gaucherie ? Je me demande ce qu’elle était, au regard de mains pareilles, avant qu’elle ne devienne une passagère de ce bus... »

Marie ferma le journal, puis l’infiltra dans une des poches secrète d’un de ses jupons. Elle étend ses doigts, regarde ses paumes d’où ces derniers partent de si loin.

...

« Pfff... »

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