Le ventre de Marie

Marie pleurait à chaude larmes lorsqu’elle émergea en titubant des ombres de la station lugubre. Les passagers étaient disposés en arc-de-cercle et l’observaient silencieusement. Immobile, Marie sanglota le discours suivant sans croiser aucun regard :

« C’est le corps d’un monstre, que j’ai. Le croiriez-vous, si je vous disais qu’il y a, d’entre mes seins jusqu’au bas de mon ventre, une mâchoire énorme qui vous dévorera tous. Je hais ce monde, et vous tous, à tel point : il ne me suffira de le quitter. Je veux vous prendre tous avec moi. Je veux vous prendre à ce monde stupide, et que ma haine, à ma mort sempiternelle, puissante, puissante !, peut-être atteigne quelqu’un ayant le pouvoir d’agir, de changer les choses. Qu’il voie... ce que j’ai (sur le mot suivant, Marie serre les dents à s’en blesser et son visage se creuse de mille sillons) bâti ! (elle serre les poings), qu’il voie la noirceur – plus noire que noire ! – d’un cœur sensible et battu... (des larmes coulent sur son visage, elle ouvre la bouche le plus grand qu’elle peut, toute ronde, et respire fortement). Sensible, je le jure, c’est seulement que je ne peux pas supporter... pas supporter, car je n’arrive pas à vous ressembler pour vous tolérer..., la (le mot suivant, elle le hurle en direction du sol et tout son corps se tend en arrière) SOLITUDE ! »

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