Le ventre de Marie

10.

« Non... » ; oui : « Non... ». Juste un mot, un seul, une toute petite syllabe, et susurrée. C’est seulement ce que put expulser Marie au travers des sanglots qui l’agitaient depuis un long moment. « Non », que le désespoir commande d’essayer dans une tentative de conjurer la réalité.

L’homme au chapeau à plume avait été installé au fond du bus de sorte qu’il put être allongé. Sa tête était appuyée sur les cuisses de Marie. On ne demanda même pas à cette femme de faire de la place : Elle était une cabosse inamovible de la tôle du bus. Dans une position qu’il eut involontier admis comme inconfortable pour sa nuque – son âme savourait –, l’homme souriait, et, tout affaiblit qu’il était, lutta pour tenir à Marie les propos suivants :

« Je t’aime bien, Marie... Je comprends Esseur... »

Le nez de Marie coulait ; elle bavait, aussi, ce qu’elle ne put réaliser car l’humidité de tout cela se confondait dans ses larmes. C’est une moue pitoyable qui figeait son visage, et les muscles de celui-ci le tendait et le plissait comme ne le peut qu’une tristesse s’étendant par delà les seuils tolérables. Par les fentes de son visage d’étain fondant, que sa sueur, sa bave et ses larmes fraîches figeaient par moment dans des états déliquescents, elle expulsa, ce que toute sa faiblesse et le reste de sa force lui firent exprimer dans un murmure hurlant :

« Oh non, non, non... »

Toutes les apparences du corps de Marie laissaient place à la vérité de sa douleur. Elle vivait l’abandon et l’oubli de soi qu’aucun acteur, qu’aucune actrice qui, soucieux toujours de son paraître, n’exprime rien de ce qu’avec force Marie exprimait, et vivait.

« Tu ne peux pas m’aimer... dit Marie en sanglotant, si tu le fais, tu finiras détruit...

— Tu veux dire... qu’il pourrait en être autrement... dans mon état... ? Ah, ah ! Aïe...

— Oui, tu ne comprends pas... »

Marie plaça ses paumes tout contre son ventre, en écartant ses longs doigts le plus qu’elle pouvait et, sitôt que son corps tremblant s’apaisa légèrement, ajouta :

« C’est interdit, d’aimer ce que je suis... »

L’homme : « Est-ce que tu joues, ou est-ce que tu crois vraiment que ton corps est obscène... Qu’y toucher, si tu le veux, est interdit... ? Qui a dit cela, qui soit important au point d’influencer Marie ?

— Je... n’ai pas parlé de mon corps... Enfin...

— C’est le geste que tu as fait avec ta main... qui m’a fait penser cela... »

— ...

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