Le ventre de Marie

7.1

Marie : « La saison froide approche. Toi tu vas mourir, et... toi aussi... Tu es trop faible, et fragile. »

La vieille femme au volant du bus jeta un regard dans le rétroviseur, et aperçut Marie dans l’allée qui séparait les deux rangées de siège, debout, pointant du doigt des passagers qui ne prêtaient, ou feignaient de ne prêter aucune attention à ce qu’elle disait. La vieille femme soupira, puis se concentra à nouveau sur la route.

« Ne m’interrompt pas quand je parle... »

Personne ne parla, ni même ne réagit.

« La cathédrale, elle n’existe pas ! Il n’y a pas de refuge à ce qui nous poursuit, ou... ce qui se trouve autour de nous. La cathédrale ? C’est une invention qui sert à combler la disparition de tout but en ce monde. Vous ne pouvez plus même accomplir le plus puéril, accumuler, dominer... Non, attendez...

Accumuler : Si ! C’est bien ce que fait Mé... Méra... Elle ! Tu gardes sous ton siège des trucs que tu dis tiens. Des cailloux et un morceau de carrelage, de la terre et ce crâne de chat, ou de je-sais-pas-quoi.

Dominer : Pfff... Si ce n’est pas ce que fait la doyenne... Tu aimes ça, hein ? Diriger, être obéit, être importante...

Oui, je vois..., ce n’est pas de ta faute. C’est l’instinct. Et il nous pousse à faire ce qui nous procure du plaisir, ou de la satisfaction... Ah, oui. Nous sommes pathétiques, et impuissants. Alors, même à l’état le plus démuni, le plus primitif, nous continuons d’agir comme s’il fallait être un roi : posséder, et dominer...

Nous ne perdons pas nos buts, en fait... ! Alors pourquoi avoir inventé la cathédrale... ? Ah ! Parce que nous n’irions pas bien loin, spirituellement parlant, en accumulant des cailloux, et en menant une poignée d’indigents. Vous êtes là, et... lorsque... il était... »

L’homme au chapeau à plume avait réagit au discours de Marie. Il se leva tranquillement, et de la manière élégante qui était la sienne marcha dans l’allée, souriant.

Son visage était si proche de celui de Marie qu’elle dut s’incliner en arrière. Et quand l’homme prononça les mots suivants, elle senti son souffle : ce qu’il y avait de plus proche de la sensation d’être touchée depuis qu’elle fut portée dans la station.

« Nous le savons tous, cela. » dit l’homme, un sourire tendre au visage.

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