Les choses du bois de Longin

Cette appétence qu’elle venait tout juste d’identifier n’a jamais été tournée vers la découverte et le voyage ou la vérité et cet homme ; qu’il soit son père ou non était un problème seulement subsidiaire. Sa curiosité était toute entière dirigée en elle-même, vers cette chose qui croît en elle. Qui est elle sans l’être, dont la forme en devenir l’intrigue plus que tout ; dont la question de son devenir l’excite.

« Je viens » dit la jeune enfant assez fortement pour couvrir le son des trois autres qui poursuivaient leur discussion.

Parce que cela pourrait se révéler être un diable ou qui sait quoi de terrible, elle s’efforçait à présent de mémoriser la sensation qu’elle venait juste d’identifier, afin de ne jamais le regretter – si fort que lui échappa totalement la réaction de sa famille à son annonce, et toujours elle ignora si aucun fut d’abord triste ou joyeux, ou soulagé, apeuré, déçu ou satisfait à cette annonce... Si elle parvenait à se souvenir de cette émotion d’excitation elle saurait toujours pourquoi elle est partie et ne devrait pas fuir en arrière ni seulement regretter son choix. Si elle en venait là, elle utiliserait cette mémoire, se rappellerait chaque condition et saurait ainsi (pensait-elle naïvement) faire renaître cette émotion. « Lundille. » Et elle saurait tout recommencer ; il fallait être si enfant pour se voir fort à ce point.

« Luuuuundiiille » insista la mère accroupie devant l’enfant, et doucement comme s’il s’agissait de réveiller calmement le plus effarouché des nourrissons.

L’attention de la fillette revenait juste vers sa famille. Elle pensa qu’elle devait paraître bien bête lorsqu’elle réalisa qu’elle avait été déconnecté du monde, que son visage, sur lequel elle focalisait ses sensations lentement, en douceur pour ne rien défaire qui put la tromper sur son apparence qu’elle voulait absolument connaître à cet instant, eut dut la trahir. Ses pupilles donnaient l’air d’être deux billes bleues perdues au milieu d’un désert de neige dans ses gros yeux, et sa bouche, entrouverte, laissait juste dépasser le bout d’une rangée de dents en bataille. Elle paraissait simplement plus enfantine qu’à l’ordinaire mais, de son avis, elle semblait toute idiote. Plus important : elle laissait peut-être à voir un état émotionnel malencontreux. Aucun ne devait douter de sa résolution. Puisqu’elle avait à partir, ils ne devaient pas pouvoir imaginer le moindre regret en elle ; que cette imagination germe en douleur ; car elle ne sera plus là, ni ne saura communiquer avec eux, et pour qui sait combien de temps. Elle devait paraître forte pour eux ; mais, ce qu’elle ne sut admettre : elle voulait paraître forte pour elle-même – ainsi se persuadant de l’être, ainsi pouvant s’abandonner égoïstement à cette curiosité intérieure. Ses désirs n’étaient pas que nobles et tournés vers sa mère et son frère, et si elle l’eut su, elle aurait bien pu ne jamais partir. Elle n’était pas trop bête, ou si peu expérimenté pour l’enfant qu’elle est pour avoir ignoré tout cela. Elle se le cachait par une volonté inconsciente, une mécanique de l’ombre œuvrant en elle.

Plutôt paraître un visage stupide que quoi d’autre qui risqua de laisser voir un cœur non résolu. Aussi, au lieu qu’elle reprit une attitude ordinaire, elle garda la bouche bêtement entrouverte. Elle ne sut maintenir longtemps ses gros yeux grands ouverts, cependant, mais elle pensait tout de même qu’il était possible de laisser croire que cet air stupide qu’elle prenait quand même n’était pas l’un qui put apparaître dans quelque situation de doute, mais seulement une mimique naturelle, peut-être, croiraient-ils, simplement peu connue y compris des deux qui la connaissent tant.

« Oui, j’écoute » dit-elle du plus naturellement qu’elle pouvait, comme si elle n’avait jamais pu ignorer un autre appel, comme si ce furent les autres qui avaient étés trop peu subtils pour voir qu’elle était déjà attentive. Et elle rentrouvrit la bouche.

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