Les choses du bois de Longin

Dans sa confusion la jeune enfant n’était pas totalement démunie. Son esprit sagace se ranimait petit à petit, et elle comprit qu’elle avait les moyens d’au moins poser des questions. Peut-être que des réponses trahiraient l’homme, ou sinon cela pourrait débloquer ses sentiments qu’elle croyait possiblement inhibés par ses doutes. Elle demanda alors à sa mère, feignant d’ignorer l’autre et, brutalement comme l’enfant qu’elle est, inhabile à faire preuve de tact (et quand bien même, elle cherchait à se montrer un peu provocatrice) : « maman il était où ? » A la réflexion, cela ne permettrait sans doute pas de le confondre, pensa-t-elle, mais il fallait bien commencer quelque part. Et peut-être saurait-elle rebondir.

Cela fit sourire l’homme et il s’esbaudit finalement : « rude enfant ! » dit-il, traînant sur la dernière syllabe, d’un ton plus admiratif que réellement plaintif.

Le frère, intéressé, écoutait attentivement et s’était figé un jouet dans la main, l’oreille tendue. La mère tourna la tête vers la jeune enfant et la fixa avec un sourire mélancolique, mais sans répondre. Un silence s’était fait dans la cabane, coulant. La jeune fille, quant à elle, essayait de continuer à feindre d’ignorer l’homme en tentant de fixer sa mère, mais ses yeux fureteurs la trahissaient en se détournant plusieurs fois vers lui. Lui, qui finit par répondre.

« Perdu, mon cœur. »

Et le silence reprit.

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