Les choses du bois de Longin

C’était une nuit terrible. L’enfant senti les cheveux de sa nuque se raidir. Les Choses dans le champ de vision qu’elle avait du palier de l’entrée étaient arrêtées, toutes ! – jamais la jeune fille ne vit cela auparavant – et fixaient leurs regards à l’unisson en sa direction et celle de l’homme. C’en était trop pour elle, à ce moment, sa résilience cessa de fonctionner ; mais alors, au lieu qu’elle fut laissée en proie à la terreur, une émotion bienheureuse l’envahie et elle sentit son corps devenir tout cotonneux. Ses pensées ralentirent et, un instant avant que cet état ne s’approfondisse, elle se vit comme un scorpion au bord d’une mort atroce par le feu s’injectant son propre venin pour partir sans souffrance. Quoi que ce ne fût pas lisible sur le visage de l’enfant, l’homme sembla deviner qu’elle défaillait et prit la décision d’entrer – ou bien il fut subitement pressé par quelque danger qu’il ressentit... La fillette n’opposa aucune résistance, pas même mentalement. Il passa vivement le palier, d’un pas, jetant un pied loin du bout de ses longues jambes dans la cabane, un vent verdâtre pour l’enfant toute stupide, se retourna vivement et repoussa la porte dont la poignée était toujours serrée dans la menotte de la fillette qui fut entraînée mollement tandis que l’homme refermait la cabane.

Debout dans l’entrée il balaya lentement la pièce du regard, une mimique impénétrable sur le visage, qu’on dirait nostalgique et mélancolique ou fourbe et chafouine. Son sourire était certainement l’un des plus mystérieux que les hasards de la création puissent combiner sur un visage.

Il prit finalement une grande inspiration, ferma les yeux et expira lentement par la bouche, tout comme s’il fut un athlète se calmant pour rassembler toutes ses forces mentales avant l’effort. Il se retourna vers la jeune enfant toujours agrippée à la poignée de la porte et, un à un, et délicatement, lui saisit ses minuscules doigts et les décrocha sans qu’elle résista le moins du monde. Elle était molle, une poupée de chiffon, et il était bienheureux autant qu’incompréhensible qu’elle tînt encore sur ses jambes, aussi put-il la conduire en la poussant doucement par le dos jusqu’à l’un des lit de la chambre des enfants. Il l’allongea, la borda, passa deux doigts sur ses yeux pour les lui clore, puis sortit de la chambre silencieusement.

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