L'art de la société capitaliste, le mépris de soi

III.

25.

Définir précisément ce qui est art ou ce qui ne l’est pas – surtout : exclure du domaine des arts ce qui y a été intégré pour détourner ses potentialités marchandes – est d’importance existentielle et humanitaire comme il va l’être démontré dans les points suivants. Ce n’est toutefois pas effacer l’urgence, l’importance, les bienfaits, qu’il y a possiblement à développer, montrer et user des productions non indépendantes du système marchand, des productions poétiques, divertissantes ou questionantes, quoi que non artistiques.

26.

Le projet du système capitaliste est de s’approprier l’art et en particulier son potentiel marchand. Ce système aveugle agit par nature et par détermination pour accroître son pouvoir, son emprise, sa puissance.

27.

Le mode opératoire du système capitaliste pour parvenir à s’approprier l’art est le suivant : Premièrement : Il favorise une définition floue de l’art ; deuxièmement : Il mobilise ses forces phénoménales pour surpasser le spectaculaire des productions de l’individu humain. La production de type vidéoludique est l’exemple type d’objet à potentiel artistique que le capitalisme peut s’approprier tout complètement – et dangereusement – en mobilisant un grand nombre de spécialistes contre un individu.

28.

Cette volonté inhumaine du système capitaliste de s’approprier l’art vise à l’accroissement de sa puissance (dans une configuration capitaliste, l’art est marchand, l’art est pouvoir, l’art est puissance). Et plus il produit d’œuvres spectaculaire, plus la production de l’individu, incapable de rivaliser avec les productions moyennes et à prétention artistique du système capitaliste, paraît dérisoire en apparence et en comparaison.

29.

L’objet d’art est l’image qui présente l’individu. Celui-ci, alors, est manifesté rabougri dans une société où l’on admet que lui, et un système à la puissance phénoménale, quoi qu’inhumain, peuvent produire des objets de même nature et de même puissance.

30.

Ce règlement dangereux peut être contrecarré en définissant l’art (une proposition est faite dans la « pensée » un art véritable du présent recueil) de sorte que le système capitaliste en sera un producteur exclu, et que sera affirmée la singularité humaine, la spécificité, la grandeur de la personnalité, de l’individualité et de l’âme humaine, unique et véritable vecteur de la production artistique, et qu’il ne faut en aucun cas prêter à une entité inhumaine.

31.

... De sorte que, dans un domaine au moins, et qui serait le royaume des humains, nous travaillerions à construire, à sauvegarder, à maintenir nos destinations d’êtres singulièrement spirituels, à accroître nos puissances d’exister que le capitalisme annihilerait totalement si nous lui admettions qu’il peut produire, également à l’humain, un objet d’art, le reflet normalement d’une âme. Si le capitalisme doit devenir tout puissant, au moins l’art, qu’il est en réalité incapable de produire, sera la dernière preuve de notre humanité, de nos origines, de nos grandeurs en tant qu’êtres spirituels, puissants, capables d’ouvrir sur les mondes indicibles et détaillés des sois, sur nos origines divines ou cosmiques, ou sur ce qui nous établit spirituellement, de l’existence de nos âmes. Jamais un système capitaliste, devenu surpuissant, ne devra s’approprier l’art, réduire l’individu en l’écrasant sous le spectaculaire de ses productions, réduire la confiance de chacun en soi, en son pouvoir, soit : nous limiter aux rêves raisonnables, aux passions modérées. L’art fait vivre en puissance ce que le corps ne peut vivre, et ce que le corps ne doit pas vivre. C’est pourquoi il est existentiel de ne pas se laisser croire que le système capitaliste peut réaliser une production artistique ; de ne pas laisser l’art devenir l’affaire unique de ces groupements de spécialistes dont les productions spectaculaires peuvent aisément faire oublier l’absence des empreintes d’une âme, et qui doivent faire la différence entre la production « autre » et la production artistique.

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