L'art de la société capitaliste, le mépris de soi

12.

Parce qu’une telle production, vidéoludique et à grande échelle, serait le résultat du travail d’un groupe, et alors aliéné de chacun à la fois, s’il est une entité pour l’avoir déterminée, ce ne peut être que le système capitaliste. C’est lui qui a permis aux techniciens de vivre, à la condition qu’ils travaillent à la production d’un objet qui devra accroître sa puissance. C’est lui qui a commandé l’œuvre, qui l’a, de par sa nature, voulue telle ; telle qu’elle plaise à la doxa, telle qu’elle ait donc un potentiel marchand, telle qu’elle accroisse alors sa puissance. Le résultat de l’œuvre est le produit d’un système, et non d’une ou de plusieurs individualités.

13.

Dire qu’une production vidéoludique impliquant le travail de plusieurs personnes devant être entretenues sur une longue durée est une œuvre d’art, c’est dire que l’art nous a échappé, ne nous appartient plus à nous en tant qu’individu, car alors il est indifféremment le fruit d’un être singulier, comme celui d’un système capable de mobiliser les talents de spécialistes de la terre entière. Et il irait de soi que cette dernière entité, si l’on admet qu’elle peut produire un art, écrasera entièrement, par l’aspect spectaculaire de ses productions, la première : l’individu.

14.

En conclusion des points 1 à 13 inclus, toute production vidéoludique, d’un groupe, à but lucratif, à vocation de maintenir le ou les exécutants dans leurs conditions d’existence au sein d’un système capitaliste, ayant l’intention seulement de rejoindre le devenir artistique, doit être mise en échec si l’on tient à maintenir un individu capable de produire artistiquement.

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